Organisation Internationale pour le Bambou et le Rotin

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Un dialogue entre l’INBAR et …Rui Bamboo

10 avr. 2020

Rencontre avec le PDG de l’une des entreprises les plus innovantes de Chine qui utilise le bambou pour lutter contre les déchets plastiques.

Ces dernières années, les déchets issus des plastiques à usage unique ont fait la une des journaux. En tant que ressource naturelle à croissance rapide et à usage polyvalent, le bambou suscite un intérêt croissant de la part d’entreprises cherchant à créer des alternatives biodégradables au plastique. Dans son rapport de 2019, l’INBAR a montré comment le bambou pouvait être un élément essentiel d’une économie plus circulaire, en remplacement des plastiques, à usage unique comme durables.

Recent restrictions on single-use plastic items such as cups and straws are incentivising the creation of alternatives.

La société chinoise Rui Bamboo est l’une des entreprises qui se positionnent pour remplir cette nouvelle demande. Pour Wang Jianzhong, le PDG de Rui Bamboo, le « plastique de bambou » n’est pas une nouveauté : « Mon entreprise produit des articles depuis plusieurs décennies. Nos chercheurs trouvent sans relâche des moyens de fabriquer des produits plus solides et plus durables. »

Rui Bamboo expérimente en effet différents usages pour le bambou depuis 2006. Située dans la province du Sichuan, en Chine, l’entreprise de M. Wang fabrique une large gamme d’ustensiles et de vaisselle en bambou, notamment des produits à usage unique comme des assiettes, des tasses, des couverts et des récipients.

Plus important encore, les produits de Rui Bamboo utilisent de l’amidon plutôt que des résines artificielles et des produits chimiques comme liant, ce qui signifie que les produits finaux sont entièrement recyclables. Ils peuvent être utilisés au micro-onde, au four et au réfrigérateur. À la fin de leur cycle de vie, ils sont en mesure d’être compostés ou transformés en nouveaux produits, comme des boites à œufs et des emballages.

Sans surprise, étant donné l’attention mondiale portée actuellement sur les déchets plastiques, les affaires de l’entreprise sont en plein essor. Rui Bamboo produit environ 200 millions d’articles par an à partir de 10 000 tonnes de bambou. Sur la base de la demande actuelle, la production pourrait doubler en 2020. La société est en cours de négociation avec Air China pour remplacer les couverts en plastique par leur équivalent en bambou sur les vols internationaux et prévoit d’élargir sa gamme de produits et d’augmenter sa production. « Selon nos analyses annuelles, le marché est de belle taille. », explique Wang, ajoutant que les nouvelles interdictions sur les plastiques à usage unique dans de nombreux pays — dont la Chine récemment, qui marche sur les pas de l’Union européenne —sera bon pour ses affaires. Rien qu’en 2019, la société a exporté des produits vers le Danemark, la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Inde, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et les États-Unis.

Rui Bamboo creates fully biodegradable single-use tableware (above) and cutlery (featured image). Image: Rui Bamboo

Rui Bamboo est basé à Zhongxian, une région rurale de la province chinoise du Sichuan où le bambou fait partie intégrante de la vie locale. Une grande partie de la zone est densément boisée de bambous, et la plante est déjà intégrée dans les programmes du gouvernement local pour stabiliser le sol le long du fleuve Yangzi. Rui Bamboo contribue aux revenus de milliers d’agriculteurs locaux qui s’approvisionnent en bambou dans 40 000 hectares de forêts et de plantations. Avec le soutien de l’entreprise, de nombreux agriculteurs ont installé des équipements chez eux, leur permettant de transformer les chaumes de bambou en copeaux afin d’en obtenir un prix de vente plus élevé (une tonne de copeaux de bambou rapporte 1000 RMB, contre 600 RMB pour une tonne de chaumes de bambou).

  1. Wang affirme qu’il existe un certain nombre d’obstacles sur la route de Rui Bamboo vers le succès, malgré tout le potentiel de l’entreprise. D’après lui, le soutien du gouvernement est essentiel. Les entreprises du bambou « ont besoin que les gouvernements créent des politiques plus favorables aux entreprises qui font la promotion des produits naturels, comme la nôtre. » Cela implique de soutenir les produits en bambou plutôt que de leurs équivalents non recyclables ou à forte intensité en émissions carbone, ainsi que l’élaboration de normes pour garantir la qualité des produits. Enfin, le soutien du gouvernement peut aider à éliminer les entreprises qui font de « l’écologie de façade » : « Il existe tellement de produits qui se disent « respectueux de l’environnement », mais qui ne le sont pas. »

Les entreprises peuvent également s’entraider. Wang estime que les entreprises du bambou ont le devoir de se soutenir mutuellement et de mettre la barre plus haut en termes de produits. « Nous devons discuter des nouvelles technologies, de nouvelles idées de produits et de comment les fabriquer. »

Malgré ces obstacles, Wang croit fermement que le bambou a sa place pour remplacer le plastique. « Il y a six millions d’hectares de bambou rien qu’en Chine. Nous devons en faire bon usage. »

Les produits de Rui Bamboo sont disponibles ici.

Le dernier rapport de synthèse des politiques de l’INBAR sur le rôle du bambou dans l’économie circulaire peut être téléchargé ici.

L’INBAR a visité l’entreprise Rui Bamboo dans le cadre du projet TRADE HUB avec le Centre mondial de surveillance de la conservation de la nature des Nations unies. En savoir plus sur le projet ici.

Mr. Wang introduces visitors, including INBAR staff, to the table-ware procedure in his factory.