L'Organisation internationale du bambou et du rotin

L'Organisation internationale du bambou et du rotin

A la rencontre de l’architecte Mauricio Cardenas Laverde

Nouvelles de l'INBAR
16 Avr 2019

Le Jardin de l’INBAR présenté à l’Exposition d’horticulture 2019 de Beijing à Yanqing a été conçu par l’architecte italo-colombien Mauricio Cardenas Laverde. Architecte riche d’une longue carrière et spécialiste de la construction en bambou, M. Cardenas Laverde est membre du groupe de travail sur la construction de l’INBAR et dirige le cabinet d’architecture Studio Cardenas Conscious Design à Milan (Italie). En attendant d’avoir le plaisir de découvrir son travail lors de l’inauguration du pavillon fin avril, nous avons rencontré M. Cardenas pour en apprendre davantage sur sa vie et son travail – sans oublier sa passion pour le bambou !

Mauricio Cardenas Laverde est membre du groupe de travail sur la construction de l’INBAR depuis plusieurs années, il connaît très bien le travail de notre organisation. Ainsi, lorsqu’il lui a été demandé de soumettre un projet de pavillon pour l’exposition horticole de 2019, il y a vu la chance de traduire l’esprit de l’INBAR dans un espace vert naturel et durable. Il a ainsi imaginé un jardin luxuriant avec un pavillon en son cœur, lui-même également recouvert d’une épaisse couverture végétale. Le Jardin de l’INBAR apporte une nouvelle interprétation du pavillon de jardin.

« Le pavillon sera baigné de lumière naturelle. Le positionnement des puits de lumière, des paravents et des fenêtres y est particulièrement important. Les proportions du bâtiment sont inspirées de la culture traditionnelle chinoise. Les arches sont positionnées à différentes hauteurs pour donner une sensation de fluidité tout en permettant la circulation de l’air dans le bâtiment – elles agissent comme un ventilateur naturel. L’été à Beijing peut s’avérer torride ! Les plantes installées sur le toit fournissent une source naturelle d’isolation thermique. »

Mauricio Cardenas Laverde, désormais expert de la construction en bambou, a été mis au contact de cette plante dès son enfance, car elle poussait dans la ferme de son grand-père dans sa Colombie natale. Dans sa jeunesse, il aimait construire des cabanes dans les bois autour de la ferme. Il se souvient du frisson particulier qu’il ressentait lorsque petit garçon, son grand-père le laissait lui-même couper les cannes de bois avec un « grand couteau » pour « construire des maisons ». Lors de ses études d’architecture en Colombie, puis plus tard, au commencement de sa carrière à Paris et à Milan, il s’est d’abord intéressé aux structures de hautes technologies en acier, verre et béton en vogue dans l’architecture contemporaine, négligeant les matériaux traditionnels au profit de lignes épurées. Avec le recul, il admet que tout au long de sa carrière, l’idée de travailler avec le bambou est « toujours restée dans un coin de [sa] tête ». Son orientation ultérieure vers ce matériau trouverait ainsi racine dans ses jeux d’enfant.

Jeune architecte, M. Cardenas Laverde a travaillé pendant cinq ans à Paris au Renzo Piano Building Workshop, sous la direction du célèbre architecte italien Renzo Piano et de ses partenaires, créateurs d’édifices emblématiques tels que le centre George Pompidou à Paris ou le Shard à Londres. Son travail auprès de Piano s’est concentré sur le design urbain, les innovations d’avant-garde, la durabilité et les styles contemporains.

L’architecte a commencé à inclure le bambou dans ses créations lorsqu’il a ouvert son propre cabinet d’architecture en 2004. Bénéficiant d’une complète liberté, il a enfin eu toute latitude pour combiner ce matériau naturel aux matériaux contemporains high-tech qu’il a appris à maîtriser au cours de ses années de formation. Dans les années qui ont suivi, le Studio Cardenas Conscious Design est devenu un véritable leader du secteur, avec de nouvelles techniques brevetées et de nombreuses constructions innovantes réalisées.

L’un des premiers projets réalisés par M. Cardenas Laverde a été la construction d’un pavillon au Salon du design de Milan en 2006. Dans cette création, les cannes de bambou se rejoignent à angle droit, sans ciment ni tenon et sont combinées à des matériaux contemporains pour évoquer la version moderne d’un palais d’été ou d’un lieu de villégiature. Il se rappelle avec émotion que ce premier projet a été en grande partie construit par lui-même et ses élèves et que le bambou en question lui avait été expédié de Colombie par un ami de longue date. Ce projet, qui a repoussé les limites de l’ingénierie du bambou, a été mené en collaboration avec Arup, une grande multinationale d’ingénierie ainsi qu’avec le soutien du laboratoire de l’école d’ingénieurs Politecnico di Milano qui a effectué de nombreux essais sur des cannes naturelles de bambou.

Ce n’est pas la première fois que M. Cardenas Laverde travaille en Chine : avant la création du pavillon de l’INBAR, son expertise du bambou avait déjà été mise à profit dans la construction d’une maison en bambou à haut rendement énergétique au Zhejiang.

Cependant, l’architecte tient à préciser que l’utilisation du bambou n’est pas toujours la solution. Les propriétés spécifiques des cannes de bambou – leur résistance verticale, leur souplesse – en font le matériau idéal pour certaines constructions, mais pas pour d’autres. A l’inverse, il ne faudrait pas considérer le bambou comme un matériau exotique destiné uniquement aux hôtels de luxe ou aux logements écologiques en forêt ou en zone rurale. M. Cardenas Laverde rêve d’un monde dans lequel tous les architectes pourraient s’inspirer de l’éventail complet qu’offrent les matériaux naturels pour construire des villes plus durables et moins émettrices en carbone.

« Le monde change et les réglementations changent avec lui. Nous avons besoin de matériaux plus naturels, utilisant moins d’énergie, moins d’eau et de combustible, affirme-t-il. Nous devons changer notre façon de penser la construction. Quelles que soient les limites des matériaux de construction alternatifs tels que le bambou, ils ne peuvent pas être pires que les dangers liés au maintien du statu quo d’une industrie du bâtiment néfaste pour l’environnement. »

Par exemple, les habitations en bambou ne durent pas aussi longtemps que leurs équivalents en acier. Mais selon Mauricio Cardenas Laverde, nous devons considérer cette durée de vie plus courte comme une opportunité.

« Les bâtiments en béton peuvent durer des centaines d’années, mais le doivent-ils ? Nous pouvons voir que les vieux bâtiments en béton dans les villes sont souvent abandonnés ou démolis après quelques décennies. Si nous utilisions des matériaux de construction naturels dans les villes et changions notre état d’esprit, il serait facile de reconstruire les bâtiments toutes les quelques décennies sans les coûts énormes d’aujourd’hui. »

Pour ce qui est de leur vulnérabilité au feu, autre objection majeure soulevée par l’utilisation du bambou ou du bois comme matériaux de construction dans les villes, Mauricio Cardenas Laverde est optimiste :

« Nous devons apprendre à gérer ce risque avec de nouvelles techniques de construction. C’est pourquoi nous testons le matériau, nous essayons de le comprendre, nous apprenons. Je travaille avec des universités et des ingénieurs sur les techniques d’ignifugation du bambou. »

Les tests approfondis sur les matériaux du pavillon INBAR ont été réalisés à l’université de Chongqing, en Chine. Les épais piliers de bambou sont courbés en une arche douce qui forme le toit du bâtiment, dont les proportions ont été méticuleusement calculées à l’avance. Un autre défi a été la conception de la couverture végétale du toit, qui ajoute du poids supplémentaire. Il était important pour M. Cardenas Laverde que ses conceptions répondent à tous les règlements et codes du bâtiment, afin de montrer que le bambou peut être utilisé dans le cadre de l’architecture urbaine.

En parallèle au pavillon de l’INBAR, M. Cardenas Laverde travaille sur différents projets, tout en s’efforçant de promouvoir l’utilisation du bambou dans la construction à travers le monde, en particulier en Europe, où l’environnement réglementaire n’est pas favorable à ce matériau. Il est convaincu que le cadre réglementaire changera à mesure que les matériaux de construction durables deviendront une nécessité. Pour le moment, il continue de développer de nouvelles techniques, à repousser les limites du matériau, en s’appuyant sur la science afin que le bambou fasse bientôt partie du paysage des matériaux de construction  »traditionnels ».

« L’utilisation de matériaux à forte émission en carbone dans la construction est la solution de facilité – mais le défi de travailler avec des matériaux naturels mérite d’être relevé ! »

Mauricio Cardenas Laverde a aussi écrit un livre sur la construction en  bambou, le premier d’être écrit en italien.

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